Mission
au MALI : un périple de 4500 Km
18 janvier - 17 février 2004
Caractéristiques de cette zone
autour de la boucle du Niger :
- présence d'ethnies différentes, Peuls, Bozos, Dogons,
Panas :
- isolement très long dû aux crues du Niger et du Bani pour
des villages des cercles de Ténénkou et de Djenné dont la
principale ressource est le riz (accès possible seulement
entre mi-janvier et mi-mai),
- éloignement des grands centres du Mali pour les villages du
Panadougou dont certains ont tendance à se tourner vers le
Burkina-Faso pour les problèmes de santé ou
d'approvisionnement,
- accès difficile pour les deux villages restant jumelés
dans les cercles de Douentza et de Bandiagara.
L'année dernière j'ai accepté
de prendre la responsabilité du suivi de la région de Mopti
et de visiter les 26 villages
soutenus par LACIM dans les cercles de
Ténenkou, Djenné, Douentza, Bandiagara, Bankass et Koro.
J'ai réussi à en visiter 25; c'était une première pour
certains de ces villages.
Mon périple a commencé à Gao où j'ai rejoint Niantigui
Dembélé un de nos permanents maliens que je connaissais
déjà. Nous sommes partis rapidement pour Douentza
situé à 400 km. Long parcours qui nous fait traverser de
longues plaines avant d'arriver dans la région où se situe
le Mont Hombori, point culminant du pays avec à 1155m.
La visite du village de Samanguiraye
m'a fait découvrir de longues pistes de sable et l'isolement
de ce jumeau. Il a fallu 5h30 pour effectuer les 230 km
aller-retour. De nombreuses mares ou des bras du fleuve sont
utilisés par les habitants pour boire. La création d'un
nouveau puits (l'ancien s'est effondré) s'avère une
nécessité vitale pour le village. Une campagne de
vaccination anti-tétanique pour les femmes était en cours.
Départ pour Sal un village sur la falaise du pays Dogon. Pas
de sable, mais des cailloux ou des rochers sur les 45 km qui
séparent Bandiagara de Sal, 2h avec un 4x4 ! Village
surprenant qui construit ses maisons avec la pierre, très
présente dans la région.
Puis nous allons vers Pomorododiou
par Bankass par une route peu
agréable en latérite; les pistes de traverse vers le
Panadougou ne sont pas trop mauvaises.
Nous avons visité les 9 villages jumelés au Panadougou en 4
jours, en particulier les 2 écoles construites par LACIM
depuis 3 ans dans ce secteur. La dernière a été un
véritable défi, car bâtie pendant les mois d'hivernage de
juillet à septembre 2003. Néanmoins en octobre l'école
ouvrait ses portes et 95 élèves étaient inscrits à notre
passage dans la première classe. Bravo à Niantigui Dembélé
et à Yoro Haïdara, autre permanent, resté sur place tout le
temps des travaux. Dans cette région, les derniers projets
concernaient l'achat d'attelages (2 bœufs, une charrue)
permettant de cultiver plus de surface qu'avec la " daba
". Nous avons beaucoup insisté sur le remboursement que
chacun devait effectuer auprès du comité de jumelage de leur
village respectif afin que d'autres puissent bénéficier de
la même aide. Les pluies favorables en 2003 doivent les aider
en ce sens. 7 des 13 villages jumelés sont concernés par le
dossier de création d'un CESCOM (Centre de santé
communautaire).
Le retour vers Mopti s'est effectué par les falaises de
Bandiagara avec quelques pourcentages impressionnants. Sur le
plateau, de l'eau, donc beaucoup de petites parcelles
cultivées, surtout d'oignons et d'échalotes.
Pour visiter 5 des villages sur la rive gauche du Niger, il a
fallu emprunter le bac: c'est une région de rizières donc
inondée longtemps et difficile d'accès. Tout est plat, pas
ou peu d'arbres avec au delà des villages cachés sous des
rôniers. Dans certains endroits pas de pistes et c'est un peu
"à vue" que l'on circule en fonction de la couleur
du sol. Cela ne nous a pas empêché de nous embourber. Ici
les projets portent sur l'achat de décortiqueuses et le
creusement de puits. A Songodé
le nouveau puits couvert fait l'admiration de tous ; les
femmes ont beaucoup contribué à sa construction.
Pour la fête religieuse du mouton, la Tabaski, nous avons
effectué un aller-retour jusqu'à Bamako distant de 600 km de
Mopti : on voyait des transports de moutons continuels, sur le
toit des voitures, dans les camions, dans les soutes à
bagages des cars.
Retour ensuite dans le cercle de Djenné où nous avons
visité les derniers villages. Passage du Bani qui se jette
dans le Niger à Mopti, par le bac, pour atteindre Djenné
ville classée au patrimoine mondial. La mosquée en banco est
impressionnante et dénote un savoir-faire ancestral. Pour
accéder ensuite au village de Koroboro
il a fallu emprunter une pirogue et finir à pied; le bras
d'eau restant étant encore trop profond
pour
notre 4x4. Dans 2 des villages jumelés situés sur le Niger une
épidémie de choléra s'était déclarée fin 2003 et avait fait des
victimes. Le fait de boire de l'eau du fleuve ne doit pas améliorer les
choses surtout en période de crues. Pendant la période de disette de
l'année qui s'est terminée, l'état malien a dû intervenir et fournir
du maïs pour que les villageois survivent.
La dernière semaine, j'ai accompagné André Josse dans le cercle de
Kita à 200 km à l'ouest de Bamako. Cela m'a permis de découvrir de
nouveaux villages et d'étudier d'autres actions. Les réussites sont un
encouragement pour la suite bien qu'il y ait des difficultés pour mener
à terme tous les projets. Quelques points importants vont être
étudiés avec eux: l'alphabétisation des femmes, l'apprentissage de la
culture maraîchère, l'accès à l'eau potable, en cas de mauvaise
pluviométrie.
La création des communes en 1999 a entraîné une modification de la
façon de travailler. Mais le travail en collaboration avec les
municipalités a permis de réussir des projets plus importants. Après
les élections de mai 2004, il sera nécessaire de prendre contact avec
les nouvelles municipalités de la région pour étudier des projets ou
envisager de nouveaux jumelages. Ce sera un des buts de ma prochaine
mission début 2005 avec la mise sur pied du Grand comité à Mopti/Sévaré. Gérard
Verschoore, chargé de
mission sur la région de Mopti, comité d'Eveux (69).
Une
année sabbatique solidaire :étape dans la commune de N’CIBA au Mali
Les réunions s’organisent sous le grand arbre, chez
le chef de village, ou sous un auvent, avec des tabourets et des bancs. Les
femmes portent des tenues colorées et des bijoux qui ne les quittent pas même
pour aller travailler dans les champs en brousse. Elles ont souvent dans les
bras un bébé accroché au sein ou endormi dans le dos. Les hommes arrivent
fréquemment en retard en cette période active champêtre. Quelques enfants
calmes observent et écoutent, quand ils ne sont pas chassés par les anciens.
La population s’exprime en bambara, et Drissa ou Ousmane me traduisent.
Je m’aperçois
à quel point il est difficile pour les villageois d’avoir un avis sur de
nouveaux projets à mettre en place : ils n’ont jamais été sollicités de la
sorte. Ils adhèrent presque tous au projet de mettre en place des poulaillers
familiaux ou semi-collectifs comme nouvelle activité génératrice de revenu.
Lorsque j’interroge les hommes, ils répondent que les femmes peuvent gérer
cette activité ; quand je pense aux multiples tâches qu’elles accomplissent
déjà, je les trouve bien égoïstes. Levées avant 5h, elles ont en charge : l’éducation
des enfants, la corvée de bois et d’eau, l’achat des condiments, la
préparation des repas, l’entretien de la cour et du linge, le pilage des
céréales et la préparation du beurre de karité, le séchage des légumes
comme les gombos et le maïs, l’élevage des chèvres. En saison, elles aident
les hommes à semer, désherber, aérer la terre, récolter les épis de maïs,
de sorgho et de mil. Sans parler de celles qui entretiennent un jardin
maraîcher parfois distant de 3 voir 6 km à pied et de celles qui font du petit
commerce. Les femmes sont les piliers de l’Afrique : sans elles, les africains
seraient perdus… L’alphabétisation a été bénéfique aux femmes : elles
sont plus solidaires et plus entreprenantes, ce qui peut rendre certains hommes
jaloux…
Après quelques jours, je suis heureuse de voir les questionnaires que
j’avais distribués revenir complétés par les villageois. Ce qui montre l’intérêt
des femmes sur l’écrit et leur satisfaction d’être impliquée dans une
action en amont de sa concrétisation. Elles ont répondu avec bonne volonté.
En analysant les réponses, je peux relever leurs lacunes en calcul : elles n’ont
pas toutes maîtrisé les opérations de base (soustraction, addition) et ont
parfois peu de visibilité sur la rentabilité de leurs activités, même si
elles se débrouillent pour rembourser à terme.
En suivant l’idée d’André
Josse sur la création de fiches pour permettre une continuation de l’apprentissage
en alphabétisation, j’ai cherché à impliquer les femmes lors des réunions
et par les questionnaires sur les thèmes à retenir, et je peux désormais
commencer à élaborer des projets de fiches en respectant leurs souhaits. Belle
expérience au sein de mon parcours solidaire.
Délia QUERBOUËT, adhérente du
comité Seine et Loing (77).
Blog : www.deliaparcours.fr
Quelle
était ma mission pour GAE SAHEL et LACIM ?
Donner des idées sur de
nouvelles AGR (activités génératrices de revenus), recenser les
besoins des populations et les freins aux activités, évoquer le projet
de mise en place d’une coopérative destinée à aider les paysans à
mieux vendre leurs productions et à défendre leurs droits, rechercher
et donner des conseils de jardinage, conceptualiser des fiches écrites
sur des thèmes pratiques pour informer et continuer l’apprentissage
en post-alphabétisation. Pour effectuer cette mission, j’ai prévu de
rencontrer les populations. Il me faudra la collaboration des deux
agronomes, Drissa et Ousmane, pour m’emmener dans les 11 villages et
organiser des réunions, avec les hommes d’abord, puis les femmes
seules, pour que chacun puisse s’exprimer librement.