Mon carnet de voyage en France

Halidou KANE, représentant l’ONG Kaab Noogo,

partenaire de LACIM au Burkina Faso, nous confie son « carnet de voyage » qu’il a tenu

à l’occasion de sa venue en France pour l’AG 2018 de LACIM.

 

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page. »

C’est à la faveur de l’Assemblée Générale du cinquantième anniversaire de LACIM qu’il m’a été, et ce pour la première fois, donné de pouvoir visiter la France. Un voyage plein d’émotion, d’enseignement et de découverte à travers plusieurs régions de la France. Envoyé à cette AG particulière par l’Association Kaab-Noogo qui est le représentant de LACIM au Burkina, j’ai pu partager l’expérience de l’intervention à LACIM avec les permanents du Niger et de l’Inde et le représentant d’Haïti et les comités français.

En plus de la participation à l’Assemblée générale à Croizet les 2, 3 et 4 juin 2018, j’ai aussi visité les six comités intervenant au Burkina Faso. Ces comités ont pu développer dans notre pays six jumelages actifs et bénéfiques aux populations des villages. L’importance de l’impact social de cette intervention est d’autant plus salutaire du fait que le changement de mentalité et la prise en compte de la notion du développement endogène est assez remarquable car comme le disait bien l’historien burkinabé Joseph Ki Zerbo : « On ne développe pas, on se développe. »

Ainsi du 24 mai au 13 juin, j’ai sillonné les comités de LACIM Champfleury à Clermont Ferrand jumelé avec le village de Kangaré, le comité de LACIM Aubière jumelé avec le village de Boulguin , le comité de Sens jumelé avec le village de Lemnogo, le Comité de Seine et Loing jumelé avec le village de Boré et le comité de LACIM Paris Mouzaïa jumelé au village de Bouna.

Dans chacune des ces communes, j’ai été très bien accueilli et j’ai passé d’excellents moments en compagnie de messieurs et dames tous attentionnés et généreux.

Le pays

Le 24 mai au soir, j’ai quitté Ouagadougou à bord de la RAM. Il n’était pas tombé une seule goutte de pluie depuis plus de sept mois. La nature était triste car les arbres avaient perdu leurs feuilles. L’herbe même desséchée avait quasiment disparu sous les pattes du bétail qui la rongeait depuis la fin de la saison des pluies. Le sol était nu et la température atteignait souvent 42 degrés à l’ombre.

Mon premier contact avec l’hexagone a été la région Auvergne-Rhône-Alpes. J’ai découvert après quelques heures de vol un pays tout vert, vert des arbres, vert des herbes, beaucoup de fleurs avec des températures bien douces à fraîches pour nous autres.

Et le relief bien accidenté, ça monte et ça descend d’une minute à l’autre en ville comme en campagne. Enfin un soleil tenace qui refuse d’aller se coucher et qui tel un enfant désobéissant prolonge le supplice des musulmans en jeûne jusqu’à 22h.

Des pluies qui tombent quotidiennement mais d’une douceur nordique font la fierté de toute cette végétation.

Les hommes, la vie, les comités

Les Français sont réputés pour être souvent un peu chauvins et râleurs. Pourtant pendant le séjour, j’ai rencontré des amis montrant une curiosité insatiable envers les autres cultures et les autres. Ces gens-là aiment bien recevoir chez eux et surtout partager un repas.

Ces repas, quoique bien longs, sont de véritables moments de partage et d’authenticité, moments de sympathie et de convivialité. Je n’ai rien eu à reprocher à toutes ces familles qui m’ont hébergé et qui nous ont ravi la vedette sur la légendaire hospitalité du Burkinabé. Et bien souvent plus, ils sont serviables et disponibles. La vie du Français est quand même assez sophistiquée, peut- être un peu trop d’ailleurs. La machine a pratiquement remplacé l’homme dans le quotidien. Ici encore, l’espace et le temps sont rationnalisés. Le rythme de vie est réglé à l’horloge si bien que l’empressement est au quotidien. La nécessité de produire fait que l’homme s’est finalement lui-même asservi.

J’ai pu tour à tour visiter et tenu des rencontres avec les comités de Champfleury et Aubière à Clermont-Ferrand, le comité de Sens, le comité de Seine et Loing à Morret et le comité de Paris Mouzaïa à Paris. Dans toutes ces communes, j’ai pu profiter de l’hospitalité, de la disponibilité et de la générosité des membres LACIM. Comme on le dit chez nous, j’ai été gâté. Quoiqu’une organisation pour m’accueillir ait été mise en place, j’ai été agréablement surpris par des couples qui se sont dévoués à mon confort et surtout qui se sont employés pleinement, souvent, un peu trop d’ailleurs, à ce que mon séjour dans leur maison se passe à merveille. C’est ainsi que dans chaque région, j’ai été hébergé par plus d’une famille, j’ai bénéficié de repas copieux bien garnis et bien longs et j’ai été fièrement guidé pour des visites très intéressantes et pleines à la fois d’enseignements et de surprises. Je me réserve le droit d’en citer.

Les rencontres avec les différents comités ont été de véritables moments d’échanges sans détours, pleins de convivialité et de franchise et de dégustation. A chaque rencontre, j’ai fait le tour des projets en cours de réalisation et donné ma lecture de la situation dans chaque village jumeau.

L’ASSEMBLEE GENERALE

Elle s’est tenue à Crozet sur GAND le samedi 2 juin 2018.

Déjà, le vendredi après-midi, en compagnie de mon frère Yoro Haïdara, de Nicolas Merlin et du Couple Fontaine qui avait gracieusement accepté de nous emmener, j’ai pris la route pour Croizet sur Gand. Un voyage émouvant, inattendu et plein de cordialité.

J’ai découvert le siège de LACIM qui est à la hauteur de la solidarité dont elle se réclame.

Deux dames aux pas légers et rapides s’affairaient depuis un moment. C’était les secrétaires au siège, débordantes d’énergie et bien affairées.

J’ai eu juste le temps de déposer mes valises qu’il fallait descendre car la commission Afrique devait avoir lieu l’après-midi.

J’ai rejoint et découvert le boulodrome. Il était paré aux couleurs de LACIM. Des affiches un peu partout aux indications du cinquantième anniversaire de l’association. Tout au fond de la salle se tenait l’exposition artisanale LACIM.

LA COMMISSION AFRIQUE

En l’absence du permanent du Niger, cette commission s’est tenue entre les deux permanents du Mali, Niantigui Dembélé et Yoro Haïdara, moi-même représentant le Burkina Faso et des représentants des comités français qui sont présents dans ces deux pays.

Après une présentation, on aborde le vif du sujet. Il s’agit pour les frères maliens et les comités représentés de faire le tour des jumelages.

A travers les différents axes d’intervention de LACIM, une analyse est faite et des propositions d’orientation sont faites. Le sujet qui a retenu beaucoup plus l’attention est la question de l’éducation au Mali.

Le Burkina-Faso est bien en avance sur ce domaine car les écoles communautaires ne s’y trouvent pas et les enseignants sont tous des agents publics de l’Etat ayant reçu une formation pédagogique et un titre de fonctionnaire ; je trouve aussi qu’il n y a que l’éducation qui puisse sortir l’Afrique de sa situation actuelle à travers la prise de conscience du développement endogène ; voilà ce qu’a été l’essentiel de mon intervention.

Dans cette soirée du vendredi, le Burkina Faso a été à l’honneur. Dans un premier temps, une projection d’un film de l’ONG « Terre Verte » présidée par un Français, Mr Henri Girard, a retenu l’attention. Il s’agit de l’expérience d’un Français installé au Burkina-Faso depuis les années 1980, sur le bocage au Sahel. La ferme pilote de Guié et les autres fermes créées par Mr Girard sont passées maîtres dans le processus de régénérescence des sols et le développement de nouvelles techniques et pratiques agricoles adaptées au Sahel. Ce film a été suivi de la présentation du livre de Henri Girard sur le même thème et suivi de débat. Au cours de ce débat, j’ai été plusieurs fois sollicité pour éclairer la lanterne de plus d’un parce que je connaissais bien Mr Henri, je connais aussi la ferme pilote de Guié et la plupart des animateurs qui y travaillent avec qui j’ai de très bonnes relations amicales. J’ai aussi bénéficié à la fois de plusieurs voyages d’études et de formations en interne avec des producteurs venus des villages jumelés avec LACIM. D’ailleurs LACIM a inscrit dans le Centre de Formation des Aménageurs Ruraux (CFAR) de Guié cinq jeunes déscolarisés qui suivent une formation en internat sur le bocage depuis trois années.

Cette soirée a été clôturée par la présentation d’un exposé de l’AFDI sur la situation de l’agriculture moderne.

L’AG du cinquantième anniversaire

Samedi 2 juin 2018, voilà le jour du jour. Le Boulodrome se remplit, les poignées de mains des retrouvailles s’intensifient, des commissions sont déjà à pied d’œuvre. « Ah tiens voilà Halidou  – Bonjour, je suis……et voilà …,……et….. » Bon, mon nom m’a devancé ici, ça fait à la fois plaisir et de trop.

Il faut quand même commencer. Un film qui présente Mme Charlat et les débuts de LACIM ouvre l’AG. On annonce les discours, les bilans, les motions et l’intervention des permanents et de nous autres.

Le président Yves Gaucher dans son intervention fait observer la vieillesse des adhérents et annonce la nécessité de réformes pour assurer la survie de l’association. Il invite les différents comités à mettre en place des innovations qui feront adhérer beaucoup plus de jeunes.

Un bilan financier apparemment bien élaboré s’en vient au débat. On retrouve ici toute une rigueur dans la gestion. J’en apprends beaucoup de choses pour les appliquer chez nous. Il manque vraiment cette rigueur en Afrique. Je remarque que malgré la véhémence des critiques et des observations, tous restent courtois et amis à la fin. Cela me paraît d’ailleurs bien normal puisqu’il s’agit de chiffres et que l’assemblée comprend des hommes et des femmes bien aguerris aux comptes.

Après la pause déjeuner, s’en vient le tour d’expression des permanents et des représentants. A cet exercice, les permanents du Mali sont les premiers à être reçus sur le présidium. Niantigui Dembélé et Yoro Haïdara, rôdés de plusieurs participations, présentent chacun leur expérience LACIM. Plusieurs décennies d’expérience ont fait d’eux des maîtres dans l’animation et le suivi des projets de développement dans ce pays.

Deux permanents indiens Gabriel Kumar et Carlton Fernandez présentent la situation en Inde. On en retient une situation encore présente et persistante du système de castes dans la société du nord de l’Inde. C’est une situation fort déplorable qui entrave négativement les actions de LACIM dans cette partie du monde.

Le représentant du Burkina que je suis à la tribune salue la fraternité et les bonnes relations d’amitié qui accompagnent les projets de développement dans les six villages. Je fais l’économie de l’histoire de l’intervention de LACIM au Burkina qui dure depuis deux décennies. Elle a contribué de par la singularité de ses actions à faire bouger les mentalités. LACIM, c’est bien plus que de l’argent injecté pour tel ou tel projet, c’est aussi et surtout le temps passé sous l’arbre à palabre pour faire bouger les mentalités. Il faut alors orienter les actions vers une sortie de l’analphabétisme et un accroissement des taux de scolarisation.

C’est justement parce-que LACIM implique chaque villageois aux projets de développement à travers la mise en place dans les villages de comités de jumelages actifs et fonctionnels et représentatifs que les demandes d’adhésion vont grandissantes d’année en année. LACIM se distingue de ces grosses ONG avec de gros budgets qui se déplacent dans de grosses caisses pour aller dans les villages faire de gros diagnostics et monter de gros projets pour ensuite les réaliser sans l’implication et l’adhésion des principaux bénéficiaires. On peut penser que quelqu’un a mal à la tête alors qu’il a mal au ventre.

Mon apport à LACIM est la consécration de mon temps de vacances et de loisirs.

La soirée de ce samedi sera couronnée par la prestation en live d’artistes touaregs venus du Mali qui ont fait danser bien de monde.

Le dimanche matin, je coanime avec Jacques Fontaine, chargé de mission sortant et Bénédicte Josse chargée de mission entrant pour le Burkina, l’atelier Burkina avec des comités français. Des discussions il ressort la nécessité de conjuguer les efforts pour lancer un grand projet d’eau dans tous les villages LACIM au Burkina-Faso. Il s’agit également d’œuvrer encore plus sur l’alphabétisation, le soutien scolaire et la formation en agriculture durable.

REMERCIEMENTS

Mr Jacques Fontaine.

Si j’ai eu l’occasion de voyager en France et de faire toutes ces découvertes et ces rencontres c’est grâce à cet ami. Jacques a initié ce projet de voyage et l’a proposé aux comités ayant un jumelage au Burkina qui l’ont tous épousé et qui ont accepté de le financer intégralement. Le Mr Burkina ou encore Jacques Ouédraogo, comme nous l’appelons affectueusement, porte le Burkina-Faso dans son cœur depuis plusieurs années. Chargé de mission pour LACIM et pour l’ONG Travaux Publics Sans Frontières au Burkina, ce bonhomme a changé bien de mentalités jusque dans les hautes sphères du Burkina. Adulé dans tous les villages, il est pour nous un mentor et un exemple d’engagement.

Et le hasard de le remercier à ma place puisqu’en choisissant librement de venir en France une semaine avant l’Assemblée Générale, je ne savais pas que j’aurais le privilège d’assister au mariage du couple Fontaine. Un heureux événement avec la désormais Mme Mireille Fontaine qui m’est tout aussi familière. Evénement auquel j’ai pris part avec honneur, joie, reconnaissance et étonnement pour toutes les ripailles.

Engagée depuis plusieurs années aux côtés de Jacques, Mireille en ce jour spécial a choisi de récolter des fonds comme cadeau de mariage dans le seul but de financer un périmètre maraîcher pour les femmes du village de Bouna. Il faut saluer cette union de deux âmes au cœur agissant pour la solidarité.

Mes remerciements vont également à toutes ces familles qui m’ont donné gîte et m’ont dorloté. Je pense aux Merlin, aux Coantic à Clermont, aux Vincent et aux Gaucher à Sens, aux Demichel à Moret et aux Lazar à Paris. Tout aussi merci aux guides disponibles qui m’ont fait découvrir la France en histoire, en géographie et en économie.

Merci au président Yves Gaucher et aux secrétaires de LACIM pour l’accueil et le séjour à Croizet.

Vive la solidarité internationale ! Vive la coopération LACIM-Kaab-Noogo ! Longue vie à LACIM !

                                                              Halidou KANE représentant l’ONG Kaab Noogo, partenaire de LACIM au Burkina Faso