Régulariser l’état civil des enfants

Boré, village jumelé à LACIM Seine et Loing, bénéficie de cours d’alphabétisation destinés à des enfants ayant précocement abandonné l’école et à d’autres non scolarisés. En 2017, LACIM a reconduit ce projet et financé en plus, pour un certain nombre d’entre eux, la régularisation de leur enregistrement à l’état civil, une démarche importante pour leur avenir.

Chaque année, deux groupes d’enfants et adolescents, environ 70 en tout, reçoivent pendant six mois des cours d’alphabétisation et d’enseignement ménager sur des thématiques concernant le quotidien du Burkinabè.

La grande majorité d’entre eux est âgée de 6 à 9 ans. D’où vient-il que ceux-ci ne fréquentent pas l’école du village ?

Une petite enquête menée en 2015 a montré que sur les 70 enfants du groupe, 20 seulement avaient été enregistrés à l’état civil. Or, l’acte de naissance est le document réclamé pour l’inscription à l’école. En son absence, soit le parent ne présente pas l’enfant au recrutement de peur d’être refoulé, soit le directeur d’école recruteur le refuse.

La régularisation

Boré est situé à 30 km de la commune de Bokin où doivent se faire les régularisations dans les bureaux de la préfecture. Beaucoup de parents ne possèdent pas de moto pour ce déplacement et du fait de l’illettrisme, ils ont peur des services de l’administration. Ils n’iront jamais de leur propre chef faire ces démarches, leurs enfants seront donc condamnés à vivre dans l’irrégularité. (Il n’est pas rare chez nous de voir un homme présenter un acte de naissance qui en réalité est à son frère).

L’opération régularisation organisée à Boré-même a évité aux parents le déplacement, l’endettement et la peur de la démarche. L’obtention du document en encouragera sûrement certains à présenter leurs enfants encore scolarisables au recrutement de septembre.

Pour la réussite d’une telle opération, il a fallu rencontrer plusieurs fois les services de l’état civil, recenser les enfants à régulariser, prendre rendez-vous avec des agents de la préfecture, collecter la contribution des parents (13, 33% du montant total) ainsi que le financement de LACIM. Après plusieurs demandes, nous avons obtenu l’accord du préfet pour procéder à l’enregistrement via nos émissaires : le président du conseil villageois de développement (CVD) et le conseiller municipal.

L’enregistrement a eu lieu à Boré le 21 mai 2017 avec l’aide de nombreuses personnes. Il fallait compléter une fiche avec nom, prénom, date et lieu de naissance de l’enfant et de ses parents, leur profession en plus.

L’opération a pris la journée. Les enfants accompagnés de leurs parents arrivaient par groupes successifs. Certains ont dû repartir chez eux à la recherche de pièces manquantes. A 16h, nous avions enregistré une quarantaine de régularisations. Il en restait 10 qui ont été enregistrées la semaine suivante.

Dans cette tâche, la difficulté la plus importante était l’absence des documents d’identité des parents eux-mêmes. La plupart ne possédaient ni acte de naissance, ni carte nationale d’identité. Leur âge posait problème. Souvent le témoignage d’autres parents présents, de même classe d’âge a été utile pour faire des rapprochements.

Une opération réussie

Jeune garçon avec sa fiche de régularisation complétée

Régularisation de l'état civil des enfants en bonne voie

Soulagement et joie se lisaient sur les visages de tous.

S’il est vrai que l’opération a été difficile dans sa préparation et dans sa mise en oeuvre, la satisfaction de la réussite et pour nous le bonheur d’y avoir contribué valaient le travail. Le président du CVD a remercié LACIM et tous ceux qui avaient participé à cette action. Le 23 mai, nous avons eu la confirmation que les fiches étaient parvenues au préfet. A ce jour, tous les enfants ont reçu le jugement supplétif de leur acte de naissance et certains attendent avec impatience leur intégration prochaine à l'école du village.

Halidou KANE,
chargé de mission de l’association locale KAAB NOGO
en lien avec LACIM ■