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Les
Tribaux : les oubliés de l’Inde
On
les appelle « Adivasi » ou encore "Aborigènes de l’Inde ".
Ils forment une importante minorité : approximativement 8% de la population
indienne, soit 70 à 80 millions selon les sources .
La
Constitution Indienne reconnaît leur existence .
Ce sont les tribus répertoriées (scheduled tribes ), parfois
regroupées avec les castes répertoriées ( scheduled casts ) de
« dalits ». Ils peuvent bénéficier, à ce titre, d’avantages
liés au principe de la discrimination positive, postes réservés au Parlement
et aux Assemblées Régionales, ainsi que de mesures visant à favoriser l’accès
à l’éducation ou au développement économique. Largement ignorés jusqu’à
la période britannique, les Adivasis ne constituent pas un groupe homogène;
les autres indiens les considèrent souvent comme
« primitifs ».
Une
partie importante d’entre eux vit dans une ceinture longeant l’Himalaya
depuis le Jamu-Kashmir jusqu’aux états du Nord-Est où ils constituent
parfois jusqu’à 90% de la population. Une autre forte concentration se trouve
dans les régions vallonnées de l’Inde centrale. On rencontre de plus petites
communautés d’Adivasis au Karnataka et en Andra Pradesh ( 6% de la population
), au Tamil Nadu et au Kerala ( 1% de la population ) .
Pendant
des millénaires, ils ont vécu paisiblement dans les collines et régions
boisées. Beaucoup parlent encore des langues incomprises des autres habitants;
ils observent des coutumes différentes de celles des Hindous ou des musulmans
et tiennent à préserver leur culture. Un assez grand nombre a été
christianisé durant le 19ème siècle
D’un
point de vue économique, l’introduction par les Britanniques de la notion de
propriété du sol a eu des effets dévastateurs. Les Adivasis , pour
qui la terre était considérée comme une ressource et une propriété commune,
libre d’utilisation par celui qui en avait besoin pour sa subsistance, n’ont
pas compris la nécessité d’obtenir un titre de propriété, et, de ce fait,
se sont trouvés spoliés par toutes sortes de prédateurs…
De
nos jours, ces communautés restent les plus attardées de l’Inde sur le plan
de la santé, de l’éducation et du revenu familial. Durant les 50
dernières années, la grande majorité des tribaux ont été dépossédés de
leurs terres ancestrales ; ils ont dû accepter des emplois
précaires : tireurs de rickshaw, mineurs, ouvriers agricoles, etc…
Après
ces quelques généralités, attardons-nous davantage sur les communautés du
Sud du pays, à savoir les états du Kérala, du Tamil Nadu et du Karnataka
où LACIM intervient beaucoup et compte le plus de jumelages. Plus de trois
millions d’Adivasis vivent dans ces trois états et forment un peu moins d’une
quarantaine de tribus différentes : les principales étant les Kurubas,
les Koravas, les Iruligas, les Soligas, Hasalarus et autres Malekudias .
3
types de communautés existent :
les
communautés des collines (hill tribes)
qui possèdent quelques terres et collectent les produits de la forêt pour s’en
nourrir et les commercialiser.
des
groupes semi-nomades de la plaine, vivant
de la chasse au pied des collines et, le plus souvent, sous la dépendance de
propriétaires terriens.
des
groupes nomades : paysans sans terre
offrant leur force de travail, vivant aussi de la vente de produits artisanaux
et de mendicité .
Les
tribus des collines, dépendant de la forêt, sont très attachés à
leurs traditions. Ils manifestent un grand respect et une profonde
vénération pour la nature. Ils récoltent le miel, le tamarin, la gomme des
arbres, des racines et des plantes de toutes sortes. Ils vendent leur cueillette
à des intermédiaires sans scrupule qui, eux, possèdent un véhicule et
achètent ces produits à des tarifs de misère, pour les revendre ensuite jusqu’à
5 fois plus cher sur le marché local.
Malgré
une loi qui interdit à un non-tribal d’acheter des terres en secteur tribal,
des hommes d’affaire en obtiennent sur lesquelles ils aménagent des espaces
destinés au tourisme ou à des réserves animales. Ainsi, d’importants
secteurs forestiers sont contestés aux tribaux, ce qui constitue une très
grave menace sur leur communauté. Les nouveaux venus se font vite
menaçants : les Adivasis sont couramment victimes de toutes sortes de
harcèlements. Bon nombre d’enfants sont employés à des petits travaux plus
ou moins forcés pour des salaires de quelques milliers de roupies par an !
Ces
atteintes à leur dignité et à leur sécurité, ajoutées à la
restriction de leur espace forestier, a poussé de nombreuses familles à
quitter leur habitat traditionnel pour chercher des ressources alternatives dans
les villages voisins ou dans les éventuelles plantations de thé ou de café
que l’on trouve dans la région. Il arrive que des « officiels »
les forcent à des activités de trafic de bois précieux, d’ivoire, etc.,
pour lesquels ils encourent de gros risques et , bien entendu, ne sont pas
couverts par ceux qui les emploient .
On
peut dire que la grande majorité de ces communautés tribales «survivent»
simplement. Cette grande vulnérabilité sociale, politique, culturelle
et religieuse rend ces groupes sans défense sujets à toutes sortes d’exploitations.
Leur identité-même n’est plus reconnue.
Il
convient cependant de dire que le gouvernement central, ainsi que les
gouvernements locaux, ont consacré et consacrent toujours des sommes
conséquentes d’argent pour porter remède aux difficultés des Adivasis et
autres minorités; mais, très souvent, ces fonds sont détournés par des
bureaucrates corrompus ou à des fins personnelles.
Beaucoup
de projets de développement n’ont jamais atteint leur cible… Lors d’un
forum organisé en 2005 à Mysore sur la vie des tribaux , on a pu écrire dans
le compte-rendu final : « Tel est le lot des Adivasis : à l’intérieur
de la forêt, ils ne sont pas des animaux ; ils ne sont pas non plus des
êtres humains à l’extérieur ! »
La
situation des femmes est encore plus
inhumaine. Incultes et analphabètes, elles sont terrorisées par les nouveaux
administrateurs de la forêt, souvent victimes d’abus sexuels et de viols de
la part des agents forestiers ou des riches propriétaires terriens qui les
emploient. L’accès aux soins médicaux lors d’une grossesse ou d’un
accouchement est pratiquement impossible, d’où une forte mortalité des
jeunes mères. A l’intérieur même de leur communauté, leur avis compte
très peu lors des décisions. L’accès à l’école est le plus
souvent restreint sinon complètement fermé. Si les mariages d’enfants
existent et sont fréquents à partir de 10/12 ans, ce ne sont pas des mariages
forcés : garçons et filles ont le choix de leurs partenaires… et
peuvent même en changer : d’où l’existence d’une polygamie dans les
deux sens. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le développement des
maladies sexuellement transmissibles et du SIDA.
La
superstition et les tabous sont largement répandus. La maladie est souvent
vue com me une
manifestation de la colère divine. Présages, mauvais œil, fantômes,
sorcières et autre magie noire sont pris au sérieux avec des conséquences
graves pour la santé des enfants en particulier .
Une
situation certes peu enviable que celle des tribaux du Sud de l’Inde !
Sans terre, à la recherche de moyens de subsistance, mal nourris et dans un
état de santé fragile, en majorité analphabètes, ils subissent la pression d’intermédiaires
et d’usuriers sans scrupule et doivent fournir un travail souvent forcé et
toujours sous payé. Comble de malchance, ils sont très mal organisés pour
défendre leurs droits car il y a peu de collaboration entre les
différentes communautés.
Face
à cette situation, et devant l’échec des tentatives gouvernementales de
développement de ces populations opprimées, les actions de nombreuses ONG
locales se mettent en place et commencent à porter leurs fruits. C’est
dans ce cadre qu’intervient LACIM, en engageant un partenariat avec ces
associations ou en multipliant les jumelages dans ces secteurs. De nombreux
projets voient le jour et méritent assurément d’être soutenus.
Lors
du Forum cité plus haut ( Adivasi Maha Sabha Forum in Karnataka
), plusieurs lignes d’actions ont été dégagées afin d’améliorer
le sort de ces populations en marge .
En
voici quelques unes :
**
Améliorer les connaissances, développer les aptitudes et talents spécifiques
des tribaux.
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Renforcer les droits des Adivasis sur la terre et la forêt.
**
Monter des campagnes d’information sur la violence, le travail forcé des
enfants, l’égalité des sexes.
En
direction des femmes :
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Améliorer l’accès aux soins, notamment les soins pré et post natals,
planning familial.
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Accès à l’éducation élémentaire et primaire.
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Mise en place de programmes générateurs de revenu : petits élevages,
petits magasins, fabrication de briques, etc..
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Formation à l’épargne solidaire ( SHG )
**
Lutte contre les mariages d’enfants, polygamie …
Les
populations tribales font partie, sans aucun doute, des plus déshéritées du
sous-continent Indien. En multipliant les jumelages avec des villages tribaux,
en établissant éventuellement des partenariats avec des ONG locales, on peut
être assurés de faire œuvre utile et de ne pas se tromper de cible.
Pierre Rouve, commission Inde, Réquista (Aveyron)
Sources
de l’article :
-
« 99 réponses sur » : Réseau Adecom.
-Guides
Lonely Planet « Inde »
-The
Cambridge encyclopedia of India
-
Aborigénes de l’Inde : Wikipedia.org
-“Problems and
issues of Adivasi” de Pragathi Organization
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