Une mission au Mali en 2018

Depuis février 2015 il n’y avait pas pu y avoir de visites de la part du chargé de mission sur la zone de Mopti pour différentes raisons. Nos permanents avaient pu, quant à eux et malgré parfois quelques difficultés, en effectuer. Il était important de retourner rencontrer les jumelages pour faire un point et montrer que LACIM était toujours présente malgré leurs difficultés actuelles.
Le décès d’André Josse imposait aussi de réfléchir comment il était possible d’envisager la suite sur le secteur de Bamako afin que son travail puisse perdurer. Ce secteur possédant de nombreux jumelages, il convenait de rencontrer les villages pour mieux les connaître.

Généralités

La première journée à Bamako a été orientée vers les problèmes administratifs à régler après le décès d’André Josse (banque, cabinet comptable).
Egalement une rencontre a eu lieu avec l’ONG malienne GAE Sahel, un de nos partenaires au Mali, pour travailler sur les projets en cours sur la zone de Bamako. J’avais besoin de continuer à me mettre au courant des travaux effectués sur ce secteur avant de rendre visite à une partie des villages.
La situation au Mali n’est pas formidable pour diverses raisons. La situation sécuritaire reste limite pour les villageois dans certaines zones qui ne peuvent que subir.
La prochaine élection présidentielle doit avoir lieu le 29 juillet 2018.
Et surtout dans beaucoup de secteurs le dernier hivernage n’a pas été bon, sinon catastrophique et de ce fait les rendements céréaliers vont entraîner dans quelques régions des problèmes alimentaires. La crue du Niger et celle du Bani ont été inexistantes. A noter que l’office du riz du Niger (région de Ségou) n’a pas préconisé cette année de démarrer une deuxième campagne rizicole.

Première partie : région de Mopti

Situation

Cette partie s’est déroulée du 10 au 16 février. La mission était composée de Niantigui Dembélé et Gérard Verschoore.
Il est interdit de circuler de nuit sur les axes goudronnés entre Ségou et Gao. Tout véhicule doit s’arrêter au premier village rencontré lorsque la nuit tombe… et chacun dort sur place. Cela fait les affaires des vendeurs de nattes !!!
Il faut aussi savoir que depuis les derniers attentats, toute circulation en moto ou en pick-up est interdite sur la région de Mopti depuis ce mois de janvier ce qui pose bien entendu des problèmes pour les déplacements.
Néanmoins il n’y a pas que les djihadistes qui opèrent il y a aussi une part de grand banditisme qui profite de cette situation.
Il y a la visite des véhicules avant de rentrer sur Sévaré et nous avons rencontré des casques bleus à Mopti.
Rappelons que la rive gauche du Niger est toujours inaccessible ainsi que des villages proches de ce fleuve ou du Bani.
Nous sommes restés à Sévaré-Mopti tout le temps car il était impossible de sortir et nous n’aurions pas eu l’autorisation si nous l’avions demandée. Nous voulions de toutes les façons écarter tout risque au regard de la situation actuelle.
Du fait de la mauvaise pluviométrie et de la crue inexistante tout est devenu plus cher. Le poisson s’est fait rare et nous n’avons jamais vu le port de Mopti avec aussi peu d’eau.

Etude des rencontres avec les villages

Dès le lendemain de notre arrivée nous avons rencontré le technicien agronome avec qui nous travaillons sur la zone et qui était arrivé dès la veille. Nous avons alors prévu d’inviter les villages à envoyer des représentants à Sévaré si cela était possible (2 hommes et 1 femme) pour nous rencontrer. Tout était réglé dès dimanche soir et le lundi soir le véhicule arrivait avec des représentants de 8 villages sur les 10 possibles sur la commune de Baye.
Peu de représentants des autres secteurs sont venus ce que nous avons regretté pour quelques uns d’entre eux. Il est vrai que venir de certaines zones était relativement compliqué.
Nous avons tenu les réunions le mardi, le mercredi et le jeudi.
Le maire de la commune de Dangol-Boré, que nous aurions aimé rencontrer, était sur Bamako mais nous n’avons pas pu le voir à notre retour.

La situation des projets

Les villageois, même s’ils ont dû se déplacer, étaient très contents de notre venue jusqu’à Sévaré car ils se sont rendus compte, après deux ans d’absence, que nous suivions toujours les jumelages et que les graves problèmes qu’ils traversaient nous concernaient aussi. Nous avons essayé de regarder les points positifs et l’avancée des projets possibles. Tous commencent à être « saturés » de cette situation catastrophique sur beaucoup de tableaux.
Nous ne pouvons aussi que confirmer ce que nous savions déjà. La pluviométrie n’a pas été bonne et la crue du fleuve inexistante. Il n’y a eu aucune récolte de riz dans les champs traditionnels.
Nous avons un rapport concernant les populations en insécurité alimentaires sur le Mali pour le moment actuel et les prévisions pour la période de soudure. Les taux d’insécurité alimentaire sévères sur la région de Mopti toucheront 9,03% de la population et les taux de « moyens » à graves sont de l’ordre de 30,94% soit plus de 800 000 personnes. La région de Mopti est la plus touchée au niveau du Mali avec celle de Gao.

 

Tiessamabougou_fosse compostière

Agriculture
Les fosses sont bien remplies sur la zone de Baye en espérant un prochain hivernage plus favorable.
Dans l’ensemble au vu des très mauvaises récoltes il va y avoir un sérieux problème de semences pour le prochain hivernage. Nous sommes en train de réfléchir si une action est possible.
Un village de la zone de Djenné qui a fait le déplacement a un projet de zone rizicole suite à l’achat d’une pompe de relevage pour arroser régulièrement l’espace (6 hectares) qu’ils ont commencé à aménager. Ils ont pu cultiver, pour cette première saison, 1,5 ha et ont récolté 8 tonnes de paddy (riz non décortiqué) soit environ 5T6 de riz. Lorsque tout sera prêt les 24 familles auront leur espace et l’auto-suffisance alimentaire pourra arriver. Il est regrettable qu’il ne soit pas possible de se rendre sur cette zone car Niantigui aurait pu leur donner beaucoup de conseils, ce qu’il a déjà fait au travers de schémas.

Moulins
Les moulins fonctionnent bien dans l’ensemble sur la zone de Baye, moins sur celle de Boré. Il serait important que la maintenance prévue en ce début d’année puisse malgré tout se réaliser. Une réflexion est engagée pour la formation de femmes meunières car cela résoudrait un certain nombre de problèmes.

Ecoles
Sur la zone de Djenné et sur celle de Douentza la plupart des écoles sont fermées. Les enseignants sont nommés mais ne veulent pas prendre de risques car ce sont les premiers visés avec les fonctionnaires.
Sur Baye les écoles fonctionnent normalement. Le recrutement avait été effectué en octobre dans tous les villages avec malgré tout quelques disparités. Les enseignants sont présents.
Là où le second cycle existe le nombre d’élèves semble augmenter.

Micro-crédits
Logiquement GAE Sahel devrait passer au plus tard début mars pour effectuer le recouvrement et la nouvelle répartition. Il ne devrait pas y avoir trop de problèmes sur les villages de la zone de Baye, beaucoup plus sur celle de Boré. Il restait à souhaiter que l’agent chargé de ce travail puisse se déplacer.

Eau
Heureusement les problèmes de la plupart de nos villages jumelés semblent être résolus. C’est très important à la fois pour la boisson mais aussi pour l’arrosage des fosses compostières. Les derniers soucis pourraient être réglés rapidement si la situation ne se détériore pas plus.
Les comités de gestion de l’eau ont été créés là où il existe des forages et tiennent bien leur rôle dans l’ensemble. C’est important pour la rapidité des réparations lors des pannes qui peuvent subvenir.

Banque de céréales
L’état du stock, là où les banques existent, semble satisfaisant dans l’ensemble.

Divers
Un parc de vaccination est en cours de construction dans un village.

Deuxième partie : région de Bamako

Situation

Cette deuxième partie s’est déroulée du 18 au 27 février. Elle était composée de Niantigui Dembélé, Yoro Haïdara et Gérard Verschoore. En fonction du secteur, différents agents de GAE Sahel nous ont accompagnés. Il n’y a pas de difficultés de déplacement dans cette zone, hormis les routes goudronnées sur Kati (sortie de Bamako) et vers Kolokani qui sont assez catastrophiques. Vingt villages ont été visités ainsi qu’une maternité.
Pendant cette période, deux journées ont été passées à Bamako pour régler différents points et continuer les rapports.
Ensuite du 28 février au 4 mars avec François Roullier Gall nous avons tenu une réunion avec GAE Sahel et travaillé sur le suivi des Caisses d’Epargne sur N’Ciba et Diédougou.

Rencontres avec les villages

Dans chacun des villages la population a tenu à respecter une minute de silence en mémoire d’André Josse.
Ne connaissant pas du tout les villages mon approche a été certainement différente car il fallait que je me fasse une idée des projets qui avaient été réalisés dans chacun d’entre eux. L’accueil a été sympathique et les réunions se sont bien déroulées.

La situation des projets

Agriculture
La pluviométrie a été, dans la majorité des cas, insuffisante et surtout s’est arrêtée trop tôt. Seules les zones de bas-fonds ont semblé avoir un rendement céréalier plus important. Sinon il fallait semer très tôt dans la saison pour espérer avoir un peu de récolte. Les champs compostés n’ont pas été épargnés car dans beaucoup de cas l’épiaison n’a pas eu lieu et donc par là même il n’y a eu que peu de récoltes.
Dans l’ensemble les fosses sont remplies en attendant la prochaine saison.
Le problème des semences devrait également se poser dans certains villages.

Eau
Il y a dans quelques villages des problèmes d’eau alors que c’est un point primordial pour l’arrosage des fosses compostières.
J’ai été surpris par le peu d’existence de comités de gestion de l’eau. Pourtant c’est un point important pour une réparation rapide des pompes en cas de problèmes et de pannes. Nous avons expliqué assez longuement l’intérêt de ces comités et de la création d’une caisse villageoise pour l’eau.

Micro-crédits
Quelques problèmes divers sur ce point dus à différentes causes et plus particulièrement à la mauvaise saison. La plupart du temps les femmes n’ont pas ramassé les arachides dans leurs champs car il n’y avait pour ainsi dire pas de rendement et des graines trop petites pour être commercialisées sur les marchés.

Moulins
La situation semble disparate là où des moulins sont installés. L’exode des meuniers ne facilite pas les choses. Ce serait bien de former des femmes à leur utilisation.

Ecoles
Dans beaucoup d’écoles il y a une différence, parfois importante, entre les filles et les garçons. Il semblerait que dans certains villages les filles abandonnent à partir de la 5ème année pour devenir bonnes dans les villes et préparer leur dot.
Egalement, par rapport à la population des villages (pas toujours facile à connaître par ailleurs) le recrutement est bien souvent trop faible. Nous avons insisté sur ce point en rappelant que ce pouvait être un frein au prolongement du jumelage.
Des bâtiments d’écoles sont à reprendre et du matériel doit être acheté pour un meilleur travail scolaire (tables-bancs, armoires, bureaux de maître). Egalement dans trois écoles il manque des latrines, bâtiment nécessaire pour une meilleure scolarisation des filles.

Alphabétisation
Les centres étaient ouverts depuis mi-janvier dans les villages concernés. Devant le nombre d’inscrites dans certains villages il a fallu créer deux groupes dont les cours se suivaient à partie de midi. Il a d’ailleurs fallu réagir très vite avec les comités en France car cette situation a été découverte assez tard lors de la fin du recrutement par GAE Sahel. Il est rappelé qu’en principe les cours sont donnés pour un maximum de 50 femmes (et c’est déjà beaucoup) alors qu’il est arrivé d’avoir près d’une centaine d’inscrites.

Maraîchage
Quelques villages ont un jardin maraîcher. C’est très important car cela permet d’améliorer la situation alimentaire et aussi de pouvoir vendre le surplus dans les marchés locaux et d’augmenter un peu les revenus familiaux. Certains jardins avaient des difficultés avec leurs puits maraîchers cette année.
Dans quelques villages des habitants ont des jardins familiaux avec des puisards personnels.

Projet jeunes/coopérative
Cette année il y a peu de réussite par rapport à l’objectif initial du fait du mauvais hivernage. En effet si les jeunes ont assez bien réussi dans leur objectif personnel (fosses et récoltes) il n’en a pas été de même pour le travail et le rendement au niveau de la coopérative. Les semis ont été effectués trop tard dans les champs concernés et du coup n’ont pas bénéficié de suffisamment d’eau.

Maternité
Nous avons visité trois maternités. Une d’entre elles, ouverte depuis environ un an et créée par le village, nécessiterait de recevoir du matériel plus approprié particulièrement une table d’accouchement. Les chiffres d’accouchements ou de visites semblent encore bien faibles par rapport à la population concernée.

Gérard Verschoore, Chargé de mission sur la région de Mopti au Mali, le 28 mars 2018

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